28 juillet 2010 3 28 /07 /juillet /2010 06:43

Aujourd'hui à la BnF…

 

16h43. Alerte. Alerte. Fermeture automatique des portes. Incendie signalé dans l’hémisphère nord. 

 

Un mur d’aluminium s’avance lentement, titubant, il sort de la paroi juste avant le Café des Temps. Il rejoint en grinçant la vitre face à lui, coupant notre cher cloître en deux demi-rectangles, un demi-cloître nord et un demi-cloître sud.

 

Il se trouve que j’avais précisément choisi ce moment-là pour rejoindre quelques amis au Café du Temps perdu, pour le traditionnel allongé de l’après-midi (quatrième café de la journée). L'alarme nous y surprit, coupant de leur base certains d'entre nous, ceux qui travaillaient au Sud. Un mur d’aluminium se dressait désormais entre ma tasse vide et ma deuxième partie, laissée inachevée sur mon ordinateur en salle W. Et surtout NON SAUVEGARDEE !  Je me retrouvais donc au Nord, perdu, paniqué, imaginant déjà mon ordinateur calciné et mon travail envolé.

 

Que faire ? Personne ne s’affolait, faut croire qu’un incendie ça n’arrive jamais qu’aux autres. Le personnel de la bibliothèque lui-même restait sceptique, ou plutôt stoïque…enfin, apathique, quoi. Mais bordel ! On allait tout de même tous crever, et ma thèse avec, et notre avenir radieux, et la part précaire et vétérane de la recherche française…mais non ! Tout le monde restait zen. Cool. No stress. Dans le calme, on nous dirigea donc vers la sortie est, située à 248 mètres de mon ordinateur (j'ai en effet appris aujourd'hui, grâce à un camarade bien informé, que le jardin central mesure 190 mètres de long sur 58 de large. Etonnant). Au passage, les sorties de secours prévues à cet effet dans les salles de lecture semblaient complètement oubliées, ce qui rassure. Côté est, un chercheur allemand excédé osait s’énerver tout haut parce que le tourniquet refusait de le laisser échapper aux flammes : ses livres n’avaient pas été rendus, sortie donc interdite. Dieu BnF a dit : un chercheur ne quitte pas le navire qui brûle s’il n’a pas remis ses livres en magasin.

 

De mon côté, ivre  de thèse, je m'élançai, jouant des coudes et écrasant des pieds, tentant de remonter au plus vite vers le Haut-de-jardin. Mission : faire le tour du cloître façon Usain Bolt, le juste au corps en moins, des fois que l’entrée ouest ne fût pas encore condamnée. Penser à éviter les fumées asphyxiantes et les éventuelles plaques de béton dégringolées du plafond. Repérer l'ordi en vision infrarouge, arracher le verrou avec les dents et remonter dare-dare en apnée de combat. 24 secondes chrono. Copy that, garçon. J’étais prêt à bondir dans les flammes de l'enfer pour sauver ma deuxième partie. Jack sans peur, déterminé, je me sentais des ailes et j’étais ignifuge.

 

J'arrivai côté ouest ; silence. Rien à signaler. Nada. Flegmatiques, les gens continuaient leur train-train sans broncher et tout semblait normal. Je redescendis en salle W, interrogeai mon voisin (sans le torturer) : ils n’avaient rien entendu, rien vu, rien senti. Non seulement l’alarme n’était qu’une fausse alerte, mais en plus, elle n’avait été déclenchée que d’un seul côté de la bibliothèque.

 

Je me rassis, dépité mais heureux, caressai mon ordinateur, embrassai mon écran. J'étais bien. Et c'est donc confirmé : la BnF est un être paraplégique et pour y vivre, il vaut mieux être à l’ouest.


 

(NB: quelques discussions avec des camarades indigènes, présents ce jour-là, semblent indiquer qu'il existe autant de versions de ce petit évènement que de lecteurs présents pendant l'incendie avorté. N'hésitez donc pas à nous faire part de la vôtre) 

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commentaires

Manue 29/07/2010 21:42


Yes ! je me souviens ça m'est arrivé une fois, mais il y avait un seul rideau de fer, et donc j'ai du/pu faire tout le tour...une bonne petite promenade digestive le long de la forêt vierge
inaccessible.
Bon courage pour cet été à BNF-plage, moi c'est Bancroft-library-plage où on n'a droit qu'a son ordi et un crayon a papier (ni telephone, ni appareil photo, ni encre, ni housse d'ordi, ni sac etc).
Au moins on a vue sur le Golden Gate Bridge en sortant...
ON VA FINIR CETTE THESE !!!!!


doyoubnf.over-blog.com 30/07/2010 00:31



Que lis-je ? Il y aurait donc d'autres mondes-bibliothèques par-delà l'esplanade ? Notre Rez-de-Jardin n'est pas seul dans l'univers ? Il faudra que je travaille la question...En même temps,
entre nous, le Golden Gate, ça vaut pas la passerelle Simone de Beauvoir.


Merci en tout cas pour ce tout premier commentaire, déjà collector. Non seulement il fait plaisir, mais il a surtout le mérite de prouver que Dieu BnF a inventé la caryodiérèse du rideau de fer.