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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 18:05

 

 

Aujourd’hui à la BnF…

 

Comme Jojo l’avait remarqué dans le dernier post (à sa manière toujours un peu à côté de la plaque et décalée, mais c’est pour ça aussi qu’on l’aime, quand même, le Jojo), la fin 2012 m’a vu disparaître un moment, histoire d’assurer sereinement la transition entre le DoyouBnF thésard et le Doyou post-thésard.

 

Check. Ça, c’est fait.

 

 

Je suis désormais revenu hanter les couloirs du Rez-de-Jardin, par ce mois de janvier neigeux de l’année 2013, première année sans thèse depuis plus d’un lustre (à l’époque révolue où j’ai commencé ma thèse, Jacques Chirac était encore président  ; Ben Ali aussi ; je ne savais pas qui était Barack Obama ; Zidane jouait toujours de la tête ; Nicolas Demorand me réveillait le matin (et il était pote avec Stéphane Guillon) ; et MegaUpload m’endormait le soir). Bref, c’était une autre époque.

 

Mais la BnF était déjà là, elle, avec ses routines que je retrouve toujours avec délice.

 

Pour fêter cette permanence de notre Alma mater et de nos repères en Rez-de-Jardin, j’ai pris la ferme et solennelle décision de ne pas prendre les dix bonnes résolutions suivantes pour 2013, qui auraient pu introduire un quelconque changement dans mes habitudes bien ancrées :

 

1. Manger moins (de menus Trio).

Seriously ? – comme on dit dans les séries US. Mais c’est trop dur ! Quelle motivation resterait-il à venir en BnF avant 14h du mat’, si ce n’était pour les promesses toujours tenues de l’indéboulonnable Menu Trio : son sandwich italien à la mozzarella jaune (exclusivité mondiale du Café des Temps, que tous les cafés de gare nous envient) ; ses salades aux feuilles presque fraîches ou aux pâtes bien trop cuites ; les poivrons rouges-jaunes-rouges de la salade espagnole (le sens du détail) ; l’ascétisme légendaire de sa salade gourmande (recommandé pour les régimes détox d’après-fêtes) ; le müsli pilé-comme-à-la-maison de ses compotes, servi à part dans son pilulier en plastique ; la teneur en sel de son saumon fumé ou de ses soupes à croûtons, digne de la mer Morte. Se passer de tout ça et faire soi-même ses tupperwares ? Impossible.

 

2. Arrêter de boire (pour éviter d’aller aux toilettes).

La raison voudrait en effet que tout lecteur sensé du Rez-de-Jardin s’abstînt d’ingérer trop de liquide dans la journée, pour éviter les déplacements de vingt minutes aux toilettes, qui peuvent vous faire rater une deadline pour un article, à force de répétition. Mais le corps a ses raisons que la raison ne connaît pas, et pour ma part je m’imbibe déjà d’au moins un litre par jour rien qu’en café. Alors plutôt que de mourir de soif ou de m’endormir sur ma table, filet de bave compris, je militerai à l’avenir pour un accès privilégié des lecteurs de ce blog aux toilettes du personnel, derrière les banques de lecture.

 

3. Courir (pour arriver le matin avant que le vestiaire Ouest n’affiche complet).

Vous l’aurez noté (ou pas), la BnF a décidé de devenir en partie une succursale du MK2 et, pendant les travaux, de fermer l’entrée Est. Mais pas son vestiaire ! Avec un peu de chance, si vous n’êtes pas là avant midi, vous trouverez le vestiaire Ouest fermé (complet) et vous devrez vous rabattre gaiement sur le vestiaire Est, quitte à revenir ensuite en salle W. Il peut donc arriver que vous fassiez trois fois la BnF dans sa longueur avant d’arriver à votre place le matin. C'est la contribution spéciale de la BnF et de Bruno Racine au programme "Manger Bouger" du Ministère de la Santé, notamment son volet "30 minutes de marche quotidienne". Sympa. (Des précisions dans un prochain billet).

 

4. Ne plus sortir le soir (à 20h) : c’est vrai que sortir à 18h30 de temps en temps, ça fait du bien, on va pas le nier. Mais bordel, 20h, c’est quand même le pied ! Voilà bien un des rares moments de communion collective en BnF, quand tout le monde se retrouve à la queue leu leu devant le vestiaire, à attendre sagement pour reprendre ses affaires. Elle est pas belle la sortie d’usine des travailleurs du Rez-de-Jardin ? C’est dur d’y renoncer, surtout quand on a passé la moitié de l’après-midi à digérer son Menu Trio et qu’on commence à peine à retrouver un semblant de productivité vers 17h30…

 

5. Travailler plus (encore un peu plus).

Sans commentaire. Vue la non-résolution précédente, je dis que je vois vraiment pas comment c’est possible. Ou pour le dire en des termes plus clairs : **montez le son et cliquez ici**

 

 

6. Gagner plus (de points pour ma Golden BnF Card).

J’ai beau m’évertuer depuis cinq ans, je dois me rendre à l'évidence : je n'y arriverai jamais. Les conditions sont trop drastiques (et pourtant, c’est moi qui les ai fixées). Je ne vois qu’une seule solution pour contourner cette sixième non-résolution : militer d’arrache-pied pour la mise en place par le service des lecteurs d’une Silver BnF Card, un peu moins dure à obtenir que la Golden, mais qui permettrait quand même de récompenser les assidus non obsessionnels (il y en a).

 

7. Avoir la foi (en son voisin d’en face et croire qu’un jour - oui, un jour - il ne s’attribuera plus d’office et unilatéralement l’unique câble internet pour toute la journée).

C’est peine perdue. Autant je crois en l’Homme, autant je ne crois plus, depuis longtemps, en mon voisin d’en face du Rez-de-Jardin. Certes, ce n’est pas tout à fait sa faute : si toutes les places étaient dotées d’un câble internet, comme cela arrive dans certaines salles (mais ces places sont les plus chères dans la lutte des places), il y aurait moins de tensions fratricides en salles de lecture. Mais dans les conditions actuelles, c’en est fini pour moi de tendre l’autre joue en 2013. Maintenant, je riposte. Maintenant, ça va chier !.

 

8. Obéir (quand on me demande de ne pas manger sur les marches du Café des temps).

Jamais ! Primo, si Dieu BnF (aka Dominique Perrault) avait voulu que l’on mangeât à l’intérieur des clubs et cafés, il n’aurait pas engendré qu’une poignée de petits-tabourets-qui-tournent-sur-place-mais-qui-sont-cloués-au-sol-pour-pas-que-tu-les-bouges-pour-manger-avec-tes-potes. Ce qui fait qu’à la BnF, t’es limité à deux amis maximum pour manger. Deuxio, j’arrêterai de manger sur les marches du Café des temps quand le jardin central sera ouvert aux lecteurs et qu’on pourra y sortir pique-niquer. Troisio, et c’est une condition sine qua non, j’arrêterai de manger ad libitum sur les marches quand les souris arrêteront de se balader ad nauseam à l’intérieur même du Café des temps, comme j’ai pu le constater plusieurs fois de visu, ruinant de facto et a fortiori l’argument ad hoc selon lequel manger in situ sur les marches est a priori la raison pour laquelle les souris prolifèrent intra muros en Rez-de-Jardin. Ita missa est.

 

9. M’habiller convenablement (et ne pas mettre, par exemple, de tongs en été).

Cela non plus, je ne peux m’y résoudre. Qui chantera un jour les plaisirs podotactiles de la moquette rouge écureuil qu’on caresse de ses orteils, l’été, quand dehors il fait chaud ? Quelle chaussure de ville parviendra à imiter d’assez près le flip-flap des tongs légères qu’on promène sur le parvis, pour me convaincre d’abandonner ce moyen de transport pédestre estival ? Bref, mes tongs, j’y tiens, je les garde.

 

10. Ecrire (un post par jour) ou arrêter ce blog (à jamais).

Alternative douloureuse, à laquelle, là non plus, je ne céderai pas. Un billet par jour ? Come on ! Je l’ai fait à une époque, mais j’étais jeune et fou. Il faut manger maintenant, et aux dernières nouvelles, ce blog ne nourrit pas son Doyou. Mais l’arrêter pour autant ? Ce serait comme arrêter la BnF. Inimaginable.

 

Et il reste tant de choses à dire sur notre antre commun…

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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 17:33

 

Il était une fois, quelques jours ago, en BnF…

 

 

La bouche en sourire, affichant l’air béat du soldat ayant survécu à une belle bataille, j'escaladai le parvis, suivant à contre-courant les rayons crayeux d’un soleil pastel. Un coup d’œil sur la Seine, qui coulait libre à mes pieds. Un clin d’œil aux trois tours, que mon champ de vision embrassait. Un soupir d’aise en atteignant l’esplanade. J’avais fini ma thèse et je rentrais au bercail.

 

Je l’ai vu arriver, un beau jour, tout content, l’air sûr de lui, comme s’il venait de ressusciter, DoyouLazare, après des jours et des jours de mort provisoire. Je sais pas d’où il sortait, mais il avait l’air heureux de remonter les marches, je vous raconte pas ! On se serait cru au festival de canne.

 

Après trois semaines de souffrances, cloîtré, ailleurs, à vomir des bouts d’idées arrachées à un plan tordu puis jetées à la va-vite sur un fichier préformaté, j’avais obtenu le droit, négocié à grand prix chez le sieur Papyros – le marchand de volumes qui échange vos nuits blanches contre une thèse reliée – le droit, dis-je, de rentrer chez moi, en BnF.

 

Il avait pas l’air fin, faut bien l’avouer, les-cernes-gonflés-les-yeux-rougis, le poil mat du Doyou qu’a peu dormi. Bien Niqué de Fatigue (BNF), quoi.

 

Alors je suis rentré. Tel le fils prodigue honteux d’avoir renié, pour les derniers jours, l’alma mater aux quatre tours, et d’avoir dépensé tout le crédit de sa Golden BnF Card, durement accumulé depuis des lustres à hanter le rez-de-jardin. Mais heureux, comblé, car il sait qu’il sera accueilli, malgré tout, comme le rejeton perdu qu’on a retrouvé, le teint pâle et l’œil hagard, mais retrouvé quand même : la BnF accepte en son giron tous ceux qui l’idolâtrent. Et j’étais de ceux-là.

 

Je l’ai appelé, il a pas entendu ce sourdaud. Bordel, je me suis époumoné, mais y avait un convoi de Japonais qui passaient à ce moment-là, visitant le parvis Perrault (aka l’espla-patinade du Quai François Mauriac).

 

Humant l’air hivernal qui courait sur l’esplanade, je m’approchai d’Entrée Ouest, retrouvant ma pente d’accès à l’antre-livre. Au passage, je caressai de la paume gauche le mur d’acier aux contours froids, à l’arête duquel je m’inoculai derechef la fièvre BnF. Je descendis, que dis-je, je dévalai le tapis noir trempé de pluie et, franchissant timidement la porte tournante, je souris au vigile, aux gardiens du vestiaire, aux fanons de la baleine Bourgeois, à la porte d’entrée über-lestée-qu’on-dirait-un-âne-mort, à l’escalator 427, et à la vie et à l’amour.

 

Fallait le voir, tout guilleret, comme un gamin devant son sapin de Noël et ses cadeaux tous chauds. A pleines dents qu’il souriait, ce benêt. Tout le temps. Il a fait sa mallette, vous savez, transparente et tout et tout (parce qu’avec les nouvelles directives en Rez-de-Jardin, c’est du sérieux, maintenant, ça déconne plus trop avec les sacs-à-pique-nique qui dépassent, hein). Et puis, il a pris l’escalator : le premier :  puis le second. Il a passé le tourniquet, toujours l’air aussi niais, un fou heureux, quoi, il s’est avancé et il a fait un truc, bordel, si sa mère avait vu ça, elle aurait eu honte de lui, parole, elle le renie, on aurait dit Wojtyla de retour en Pologne.

 

Je tombai à genoux sur la moquette rouge écureuil, et dans un délire de joie j’embrassai ses poils ras. Larmes à l’œil. Ravissement (« N’ayez pas peur ! », eus-je envie de crier à tous mes camarades encore engoncés dans leurs chapitres sacrés, « le bout du tunnel n’est plus très loin, et je l’ai traversé. »).

 

J’étais scié. Sans déc’, je serais bien allé lui botter les fesses au Doyou, pour qu’il se relève. Les séquelles de la fin de thèse, sans doute. Enfin, que voulez-vous, fallait bien le laisser se défouler le petiot. Je me suis quand même approché plutôt que de l’ignorer (c’eût été moche). Et il m’a vu.

 

Et je le vis. Jojo au fond du couloir, se dandinant, serein, sûr de lui. Il a souri (enfin, je crois). Il s’est approché.

Il m’a regardé.

Je l’ai regardé.

J’ai ouvert la bouche pour parler.

Je l’ai refermée.

Je l’ai regardé.

Il m’a regardé.

Il m’a dit : « T’as pas fini de vouloir te la péter comme dans Bref à la télé ? ».

J’ai dit : « Ok ». Il m’a dit : « Et ta thèse, tu l’as finie ? ». J’ai dit oui (j’étais bien). Il m’a dit : « Et maintenant ? ». Je lui ai dit : « Maintenant, Jojo, les affaires reprennent ! ».

 

C’est la dernière fois que je l’ai vu, Monsieur l’enquêteur. Des agents de salle l’ont bien aperçu qui entrait, con/quérant, en salle O. Mais il s’est éclipsé vers 16h (petit coin oblige). Et personne n’a plus revu Do you BnF.

 

 

 

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9 octobre 2010 6 09 /10 /octobre /2010 19:07

 

Aujourd'hui à la BnF…

 

 

En cette veille de « semaine sociale » (j’ouvre une brève parenthèse : les raccourcis de la langue médiatique laissent souvent songeur le sociologue. Il y aurait donc des semaines plus « sociales » que d’autres, un peu comme il y aurait des semaines « paires » et des semaines « impaires » ? Fichtre. Je ferme la parenthèse), j’ai décidé, pour une fois, de traiter un sujet d’actualité : celui des retraites.

 

Loin de moi l’idée de m’immiscer dans le débat politique, rassurez-vous : en adepte fervent de la neutralité blogo-axiologique, je laisse ça à Jojo et à ses projets présidentiels. Je souhaiterais seulement apporter, depuis mon Rez-de-Jardin, une modeste contribution à la réflexion sur ce grave problème qui nous concerne tous : mais quand faut-il donc s’arrêter de travailler dans la vie, bordel ?

 

Si l’on scrute et interroge les habitants de la BnF, on s’aperçoit rapidement que la réponse à cette question varie sensiblement selon votre position dans le système de production rez-de-jardiniste.

 

Prenez Jojo, par exemple. C'est un rentier, lui. Il ne travaille pas. Il se contente de cultiver son jardin et de se servir ponctuellement dans les réserves de carottes du Café des Temps perdus, vers lesquelles, je le sais, il a creusé un tunnel secret depuis son terrier en jardin central. La retraite, pour Jojo, c'est sa vie, son quotidien. Il l’a déjà prise depuis longtemps, et sans rien demander à personne.

 

Prenez les chercheurs, à présent, nous autres quoi, le peuple aux paupières lourdes. Nous devons bien être une des rares catégories de la population française qui aujourd'hui met déjà en œuvre, et depuis longtemps, le projet politique du gouvernement : un chercheur, c'est bien connu, ça travaille toute sa vie. ça ne part pas à la retraite à soixante ans. Non. ça ne part pas à la retraite à soixante-deux ans. Non. ça ne part pas à la retraite. Point. Un chercheur retraité est un chercheur mort, et vice-versa. Il suffit de lever la tête, en Rez-de-Jardin, et de regarder un peu autour de soi pour s’en apercevoir : malgré l’hostilité évidente de son milieu naturel, le chercheur senior, et même le senior-plus, s’accroche. Pas caduc, le lecteur chenu aux feuilles persistantes. Et pourtant ! Que de glissades-sur-bois-exotique-avec-rupture-du-col-du-fémur-à-la-clé accumulées par nos anciens ! Que de tendinites du coude chronicisées à pousser ainsi, des années durant, les lourdes portes en âne mort de notre Rez-de-Jardin ! (C'est pas des portes coupe-feu qu’on nous a mis, à l’entrée, c'est des portes coupe-vieux.) Que de crises d’angoisse silencieuse surmontées, avec plus ou moins de réussite, par ces chercheurs à la prostate sensible qui ne savent jamais, en arrivant le matin, s’ils parviendront à éviter aujourd'hui encore l’inondation. Point de sarcasmes, non : je sais que c'est aussi ce qui m’attend, avec un peu de chance. Car oui, le chercheur BnF, le vrai, le bon, aspire à jaunir avec ses livres, à jubiler sans jubilé. Ou pas ?

 

Prenez maintenant nos amis agents BnF, en salle ou en magasin. Peut-on décemment leur infliger le même traitement ? Peut-on les obliger à rester, après soixante ans, à servir les rabougris et les pré-rabougris que nous sommes, nous, les marcheurs lents aux cernes sombres ? C'est inhumain ! Soixante ans de livres lourds à transbahuter, de TAD en banque et de banque en TAD. Soixante ans de magasins à sillonner, de vestiaires à remplir et à vider, de chaises à ranger, de livres à remettre en place ou à photocopier…C'est déjà trop. Et la pénibilité du travail alors ? C'est la même chose, d’ailleurs, pour nos amis employés du Café des Temps perdus. Il faut vraiment que les membres du gouvernement et notre omniprésident n’aient jamais assisté au spectacle poignant du service de 17h au mois d’août, pour qu’ils puissent sérieusement envisager de relever l’âge du départ à la retraite pour tout le monde, sans exception. Vous rendez-vous compte de l’effort fourni par ces travailleurs du Temps, obligés de servir leur petit goûter à trois cent chercheurs en l’espace de dix minutes, parce qu’on a tous décidés, en bons panurges académiques, de prendre notre café-cannelé à 17h, et pas à 16h30 ou à 17h15 ? Rendons-leur donc plutôt hommage et laissons-les plus tôt partir.

 

Délicate question, donc, que celle des retraites. Mais en écoutant nos hommes politiques en débattre, je me dis parfois qu’il y a certains métiers qui gagneraient peut-être à se voir imposer un départ à la retraite après dix ans de service.

 

A samedi prochain.

 

(à partir d'une idée-billet de Maryline)

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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 18:15

 

Aujourd'hui, à la BnF…

 

 

Non, rien n’a changé. Les quatre tours vitrées qui grandissent à mesure que je m’approche, verticales verrières grisâtres sous la bruine parisienne. Les marches glissantes de bois exotique à gravir lestement, tel l’Isard chercheur des montagnes. Le parvis-patinoire luisant, en bois exotique. La glissade - salto arrière, sur bois exotique, avec son rétablissement artistique doublé d’une entorse au poignet. Le tapis roulant qui ne roule plus, imbibé comme un thésard à son pot de thèse. Les mesures Vigipirate renforcées, toujours aussi peu dissuasives (je croyais pourtant qu’on était au bord de l’écarlate). Et la petite mallette, le ticket vestiaire, les escalators d’enfer et nos amis agents...

 

Ah ! L'Eden, enfin retrouvé !

 

Quatre semaines d’exil, loin du Rez-de-Jardin, à ressasser sans cesser les souvenirs bien ancrés de mes journées BnF et à gémir de mon sevrage forcé du Menu trio et de magnums dorés. Quatre semaines à me repasser fébrilement, et en boucle, la vidéo d’évasion en regrettant un peu de l’avoir finalement réussie. Quatre longues semaines d’inactivité blogotique. Et quatre longues semaines d’attente et d’espoir trépignant.

 

Mais cela en valait la peine. Le plaisir, tu le sais bien, est d'autant meilleur que l'attente est longue : une satisfaction sagement et savamment différée peut subjuguer sans retenue. Me voici donc, fredonnant gaiement l’air des escalators, presque aussi doyoutant que lors de ma première descente. Le regard pétillant et la bouche en sourire, je m’avance dans les travées, tout excité d’être de retour. J’ai presque envie de m’agenouiller et d’embrasser la moquette rouge écureuil.

 

Evidemment, tout ne sera pas forcément rose ni facile. Comme dans tous les come back, il va maintenant falloir assurer. Retrouver ses repères. S’organiser. Et reprendre contact avec Jojo, surtout. Jojo ! Qu’es-tu devenu pendant mon absence ? Où es-tu ? Que fais-tu ? M’entends-tu ?

 

Rien n’est simple dans un retour, non. Les vieilles connaissances te sourient et hochent la tête amicalement, bien sûr. Mais tu perçois néanmoins dans leurs yeux une petite lueur d’orgueil, voire de défi, te confirmant illico qu’ils ont bien conscience de leur supériorité sur toi : ils n’ont pas raté, eux, la vraie rentrée BnF, celle du 20 septembre. Et te voilà te traînant piteusement, un samedi deux octobre, sans espoir déjà de rattraper le temps et les cafés perdus. Quant aux nouveaux, tout est à refaire avec eux. Il va falloir les amadouer, ces jeunes piranhas qui en veulent, et ces vieux tyrannosaures sur le retour. Les brosser dans le sens du poil, si tu veux avoir une chance d’accéder un jour au câble Internet qu’ils se sont évidemment approprié en ton absence. Mais c'est faisable, et ce sera fait. Tout est dans la ténacité. Patience et longueur de temps...

 

Et nos amis agents ? Toujours au poste, pardi !, jonglant comme d’habitude avec les ouvrages les plus abstrus et les plus lourds, et bien décidés à ne plus nous permettre d’incartade : cette année, ce sera 19h45 dernier délai pour réserver des ouvrages pour le lendemain, plus d’exception ! Et ils ont bien raison.

 

Je les soutiens dans leur combat d’autant plus que, de tous les habitants du Rez-de-Jardin, ce sont eux qui m’ont le plus suivi dans mon exil, même si c'est à leur insu. Pour faire passer le temps, j’avais en effet entrepris pendant ces quatre semaines de me repasser les œuvres filmiques complètes de mes acteurs préférés, à commencer par celles de Daniel Day-Lewis. Vous vous souvenez sans doute de cette scène mémorable, dans Gangs of New York, où le boucher / ex-lanceur de couteaux qu’il incarne fait monter sur scène Cameron Diaz, son ancienne assistante, pour un numéro « for the sweet souvenir ». Heureux comme un Doyou, je me suis repassé la scène en boucle afin de m’entraîner au lancer de couteaux dans ma cuisine, sur une effigie de mon directeur de thèse comme il se doit. Et c'est alors qu'est intervenu Monsieur mon subconscient., apparemment un peu marqué par mes histoires de Rez-de-Jardin. Facétieux, Monsieur mon ça m’a ainsi fait la surprise de rejouer pour moi la scène en rêve, avec quelques adaptations significatives : Day-Lewis était devenu un agent de salle (dont je tairai le nom) qui me lançait à toute vitesse et à tire-larigot des livres, les yeux  recouverts de deux badges blancs sur lesquels était inscrite la question : "Mais qui est Do you BnF?". Je devais quant à moi les rattraper et les porter en magasin avant que ne sonnent 19h45 et que ne retentisse la voix que nous connaissons si bien, annonçant la fermeture des salles…

 

Je me suis réveillé en sueur, mal à l’aise. Etait-ce finalement une si bonne idée que ça de vouloir retourner à la BnF ? N’étaient-ce pas là les premiers symptômes d’un dérèglement psychologique lancinant, que l’on pouvait certes déjà soupçonner du fait de la simple existence de ce blog, mais bon, quand même : n’avais-je pas passé un palier ? Qu’importe, l’avenir le dira et qui vivra verra. Pour ma part, je ne voulais pas me passer plus longtemps du Rez-de-Jardin et de ses joies nombreuses.

 

Heureux, donc, de vous retrouver pour quelques billets de plus.

 

A bientôt

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 11:10

Aujourd'hui à la BnF…

 

 

ça y est, on ferme.

 

 

Après un été entier en Rez-de-Jardin, l’heure est venue pour nous tous de partir travailler sous d’autres plafonds, temporairement du moins. Je sais, c'est dur. L’Eden central va me manquer. Les menus Trio aussi, ces inimitables chefs d’œuvre de la sustente. Et Jojo, bien sûr, notre dernier lapin vivant, la terreur des sapeurs. D’après mes dernières informations, il serait en train de boucler ses valises pour aller passer la fermeture chez Alain Baraton, son pote du jardin de Versailles. Je crois qu’il souhaite lui proposer de devenir son Premier Ministre, lorsqu’il sera lui-même Président du Rez-de-Jardin libre et indépendant, quand la conquête du Rez-de-Jardin aura abouti. Un choix judicieux.

 

De mon côté, j’ai bien peur de me retrouver un peu perdu, sans BnF. Que faire désormais ? Où traîner mes guêtres de chercheur sans port d'attache ? J’avoue que cette question anxiogène a taraudé ma dernière semaine, à tel point que j’ai frénétiquement tenté de dégoter une bibliothèque de rechange, triste ersatz du Rez-de-Jardin, sans doute, mais peut-être au moins de quoi survivre d’ici le 20 septembre. Alors, pour t’éviter de te retrouver SBF, toi aussi, à partir de lundi, je t’ai concocté un petit guide des bibliothèques à hanter au moins une fois dans ta vie. Un peu d’exotisme ne te fera pas de mal et te permettra de revenir plus frais dans deux semaines dans ta salle préférée. Cela te permettra surtout de répondre à quelques questions existentielles persistantes :

 

Qui suis-je et d’où viens-je ? Une seule bibliothèque pour t’aider à le découvrir : la Bibliothèque généalogique de France.

 

Que crois-je ? Tu n’as pas vraiment eu le temps de t’interroger sur tes options religio-morales, cet été, vu que t’avais un article ou une thèse à finir, ou des chercheurs hargneux à contenter depuis ta banque de salle. Voici donc trois espaces de méditation qui te permettront, peut-être, de trouver ta voie :

 - La Bibliothèque du Saulchoir pour une retraite monastique autrement que sur le Paloma de Bolloré.

- La Bibliothèque du Grand orient de France, pour les clérico-allergiques.

- Le Centre d’études sur les religions tibétaines : si tu es vraiment perdu.

 

Non, mais sans déconner : qui suis-je ? Ok, ok, tu pourras aller plus loin dans la découverte de toi-même, peut-être, à la Bibliothèque de l’Ecole de la cause freudienne.

 

Comment remplir mes impôts à la « Eric Woerth Style » ? Je suis pas sûr qu’ils soient très coopératifs, mais tu peux toujours essayer la Bibliothèque des experts comptables et des commissaires aux comptes.

 

Que faire en cas de prise d’otage en Rez-de-Jardin ? D’abord, potasser au Centre de documentation de l’armement (CEDOCAR) : pour les Jack Bauer de la recherche uniquement.

 

Vais-je finir ma thèse cette année ? Vu le temps passé sur ce blog, ta cote est en baisse, mais pour évaluer plus précisément tes chances, explore la Bibliothèque du Laboratoire des probabilités de Jussieu


 

Que se passera-t-il si je ne finis pas ma thèse cette année ? Tu seras au chômage, sans doute, comme moi. Mais ne t’en fais pas, j’ai tout prévu pour notre reconversion : retrouve-moi à la Bibliothèque de l’Institut national d’études du travail et d’orientation professionnelle (INETOP).

 

Puis-je oublier mon malheur ? Oui, tu le peux. Viens passer tes vacances BnF à la Bilipo. Tu verras, on y est bien. Sinon, pour oublier, tu peux aussi comme moi essayer d'être pris à l'Université de Bourgogne comme ATER cette année, et y passer ton temps à boire le nectar des livres spiritueux de la Bibliothèque de l’Institut universitaire de la Vigne et du Vin – Jules Guyot. J'ai échoué pour ma part, mais tente quand même le coup, tu auras peut-être plus de chance que moi.


 

Voilà, voilà. Ce blog s’achève donc ici, en tout cas sous sa forme actuelle, intensive et quotidienne. Je le reprendrai peut-être de temps à temps, à la rentrée, mais cela reste à voir. Pour ceux que mes salades intéresseraient encore, vous pouvez toujours vous inscrire à la newsletter pour être tenu au courant d’éventuelles rechutes ; ou me retrouver sur facebook, où je vous tiendrai au courant des nouvelles aventures scientifico-bloggeuses qui attendent bientôt Do you BnF…

 

Quant à mon identité…J'ai finalement décidé de rester dans l’ombre. D’abord parce qu’on a une conquête du Rez-de-Jardin à mener, Jojo et moi, et que ça se passera mieux dans la clandestinité. Ensuite, parce que le mystère, eh ben, c'est bien. Et surtout, parce que Jojo m'a convaincu (en un seul mot) de ne pas dévoiler mon identité, sous peine d'ôter toute raison d'être aux beaux badges de nos camarades de la Soc Team…ce qui serait bien dommage. "Mais qui est Do you BnF ?" restera donc une question sans réponse. Mais chercher sans trouver et poser des questions sans simplifier les réponses : n'est-ce pas là finalement l'essence et la beauté de la recherche ? Merci à eux en tout cas, et à vous tous. N’hésitez pas à poursuivre ce blog par d’autres moyens et sous d’autres formes, je suivrai cela avec plaisir. Depuis le Rez-de-Jardin, évidemment.

 

Je vous laisse avec un bouquet d’images final puisque, comme tous les samedis, c'est photographie. Merci à mon ami F. pour son œil averti de Doisneau BnF.

 

 

A bientôt peut-être…

 

 

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2 septembre 2010 4 02 /09 /septembre /2010 11:18

Today at the BnF…

 

(A lire avecque l'acquessengue du sudouesteuh, cil vous plé)

 

Hello, hello, everybody. Today, I need to speak to you about a gros problème : the globalization of research.

 

Yes, the research of our times is completely globalized, as we can see at the Rez-de-Jardin itself, with all these people speaking English all the time in the Times Café. Actually, a good searcher qui se respecte, today, is a searcher who knows how to speak bilingual English in all kind of situations, and mort over at a colloquium. He also knows, why not, how to write a good article in the language of Shakespeare (but this is another paire de manches we’ll talk about perhaps another day). English is very important, you know. If you want to communicate with yours pairs and let them know about your revolutionary work in your scientific field, you must speak that international language and not only your litteule piece of shit Roquefort French. So follow me and I will learn you some good tips in order to be at your aise in any English environment (well, it is a manière to say, hein ?).

 

Firstovol, you need to learn some sentences toutes faites, which will allow you to introduce yourself and your PhD.

- “Hi! my name is DoYou, nice to meet you” could be a good start. Be careful, the answer : “Hi! Do You, how do you do?” is not an ironical joke, it is perfectly normal. English and American pipole are not so funny they could se foutre of your gueule and of your ridiculous first name in front of your nose.

- "I am writing a PhD at the University of Castelnaudary" : don't worry, even if you only have 12 lines written by now, you can say it, nobody cares.

- "Do you have a post-doctoral fellowship for me, please?" : for desperate cases only.

 

Mort over, when you try to introduce yourself and your PhD to a new friend, you have to remain calm and distant. Don’t explain every little detail of the third sous-partie of your seconde partie; or every writing dilemma you have, because nobody en a rien à foutre ant because you don't know how to say tiret cadratin in English anyway. If somebody asks quand même (it happens sometimes, the human Bean can be such an ingénu), just say, in a intrigant way : “Yes, well, I work on different aspects of legitimacy in a cosmopolitan environment, but I can’t tell you too much about that, because I work for the DoD, secret mission, you know”, for instance. Trying to look like the Jack Bauer of the recherche is hopeless, certes, but exciting.

 

Secondly, write down and practice your speach before going to an international congress. Don't try an improvisation à la Miles Davis about your work, it won't work. Of that I can assure you : I tried it the first time and they just laminated my gueule. No, no, you must have a good text and you must look very natural while reading it. Specialists do préconiser at least six repetitions before you throw yourself in the cage aux lions. It seems a minimum vital, mort over if you have translated your communication in English yourself, even with a little help of my friend Reverso.

 

Thirdly, don't speak too fast, or too loud, or not fast enough, or not loud enough, and please articulate, and be self-confident, but not too much, and smile, and be cool, and look up, t'auras l'air d'un nageur, and make some jokes even if you never understood what "captatio benevolentiae" means. To put it in a nutshell (yeah, I know, I'm SO idiomatic), be good.

 

Oh, yeah, a last but very important advice for the end of your communication : don't be afraid about the questions people will ask you : quoiqu'il arrive, it won't last too long because you won't be able to use more thant 12 words of vocabulary. So be it. What I usually do in these moments of great solitude, is always the same old tip : "Yes, your question is very interesting. It was not the precise subject of my communication, that's why I didn't mention it, but it is surely one of the main topics of my PhD. Thank you for asking anyway".

 

After that : run and hide. The bathrooms are generally the place to be after this kind of astonishing performance. And if you are lucky, you will find a congénère who would have had an even worse case scenario of colloquium communication. Cry with him freely and be sure to become friends, he could be your perfect faire-valoir.

 

No need to thank me. See you tomorrow.

 

 

 

 

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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 18:50

 

Aujourd'hui à la BnF…

 

 

Nous avons entamé, sous la houlette sévère mais juste de Jojo BnF, la conquête progressive et systématique du Rez-de-Jardin par la face sud.

 

Galvanisés par les discours enflammés de notre chef et futur président Jojo, nous avons en effet pris conscience de notre nombre et de notre force. Jusqu’à présent dispersés aux quatre vents, perdus et isolés dans nos salles sombres, formant un puzzle incomplet de chercheurs pré-décimés, nous avons décidé de nous organiser et de coloniser notre espace de travail.

 

Termites laborieuses, nous nous reconnaissons désormais, à distance. Au Café des temps perdus, nous avons appris à nous saluer discrètement, d’un signe ésotérique à faire pâlir le Grand Orient. Autour de la poubelle-desserte, en débarrassant nos plateaux ruisselants de vinaigrette renversée, nous échangeons quelques mots chuchotés, pour nous tenir au courant. « En salle M ça avance, on tient les places M.36 à M.48 pour la semaine prochaine, et on les a déjà réservées pour la ré-ouverture, le 20 septembre ». « En W, tout le fond est à nous, de W. 89 à W. 61. Jojo est au courant. On occupe l’espace et on avance vers la banque de salle, en passant par les places à centaines, le long du mur, de 102 à 116 déjà ». « En salle Y, la colonisation est quasiment terminée, on a plus que quatre places de croûtons à réserver avant eux pour la semaine prochaine, et on aura pris position ».

 

Car le plan de Jojo est bien huilé.

 

1. Repérer les salles et les tablées stratégiques :

- salle Y, pour le QG (idéale salle Y ! Bien en hauteur, fermée par une porte-sas pare-balles : véritable coffre-fort BnF) ;

- salle M, centrale et ouverte, permettant le contrôle de toute la face nord ;

- salle W et salle O : contrôlant les accès en Rez-de-Jardin par l’est et par l’ouest.

 

2. Chaque jour, dès la sortie, réserver par groupes les places d’une même tablée dans ces salles stratégiques. Convertir les voisins et avancer peu à peu. Objectif : contrôler le maximum de places à la rentrée pour lancer l’assaut final.

 

3. Au jour J de Jojo, notre Premier Lapin sonnera l’appel depuis le jardin central : tous les DoYou se lèveront alors comme un seul homme, prenant le contrôle des banques des salles que nous aurons colonisées, investissant les arrière-banques et les magasins, prenant position en banque d’accueil et installant des têtes de pont-escalator, audacieuses et imprenables. Ce ne sera ni un raz-de-marée, ni un tsunami, mais un raz-de-jardin.

 

4. Fermes mais magnanimes (et parce que Jojo adore quand ses plans se déroulent sans accroc), nous laisserons partir les agents et les lecteurs terrorisés, incapables d’avenir, accueillant néanmoins de bon cœur ceux qui voudront se joindre à nous dans cette prise en main collective et professionnellement décloisonnée.

 

5. Il sera alors temps de déclarer l’indépendance du Rez-de-Jardin : joyeux et ivres de liberté, nous entonnerons l’hymne triomphal (mais triste, parce que la vie est contraste) des Petits Lapins Blancs :

 

 

 

 

Et nous hisserons le drapeau bleu, blanc et gris du Jojoland.

 

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Nous négocierons ensuite, en position de force puisque détenteurs de l’accès au savoir, une clause d’extraterritorialité avec l’Etat français (l'organisation internationale de la vigne et du vin et l’office international des épizooties ont bien la leur, alors pourquoi pas nous ?) et nous oeuvrerons à une véritable société de la connaissance. Nous prendrons le contrôle des cuisines du Café des Temps perdus pour y faire ce qui nous plaît, et nous installerons des toilettes hi-tech dans les salles de lecture. Le jardin central sera transformé en immense potager bio, avec vignes itou, et nous y élèverons des moutons. La vie sera belle.

 

Préparez-vous donc, car l’avenir est en marche et qui sait ce que la rentrée BnF nous réserve, le 20 septembre.

 

A demain.

 

 

 

 

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31 août 2010 2 31 /08 /août /2010 18:12

 

Aujourd'hui, je n'étais pas à la BnF...

 

Oui, je sais, je viens de foutre en l'air tous les efforts consentis ces derniers mois pour obtenir enfin ma Golden BnF Card. Tout est à refaire. Mais tant pis, j'y arriverai.

 

Un peu tourneboulé par cette faille spatio-temporelle dans laquelle je me suis retrouvé happé toute la journée, loin du Rez-de-Jardin et, je dois l'avouer, expérimentant d'étranges réactions physiques dues sans doute à mon sevrage accéléré du Menu trio, j'en ai profité pour explorer un petit peu plus sérieusement un outil unique que la BnF met à notre disposition : SINDBAD.

 

Bien que ce Sindbad-là n'ait rien à voir avec le marin bien connu, il n'a rien à lui envier en matière d'aventures. On peut ainsi passer des heures à voguer, enfin, à surfer sur Sindbad, notamment dans la partie fascinante constituée par les exemples de questions posées par des lecteurs, accompagnées de leurs érudites réponses afférentes, et tout simplement dénommée "Chercher une réponse". Delphique. La pythie n'a plus qu'à aller se rhabiller.

 

Je vous laisse avec un petit pot-pourri des questions les plus farfelues, auxquelles nos patients bibliothécaires, auxquels il faut rendre ici hommage, répondent toujours précisément, et avec tact. Elles ont égayé ma journée et m'ont fait me sentir un peu moins seul.

 

 

" Je recherche 5 proverbes en occitan." (réponse)

 

" Je voudrais trouver des livres capables de me stimuler dans ma vie, ceux qui parlent de la reussite et du succès, je ne sais où en trouver. Votre aide me sera tres précieuse. Merci d'avance!" (réponse) Un doctorant en fin de thèse?

 

" Selon les temoins de Jehova, comment va se derouler la fin du monde? Quelles phases comporte-t-elle?" (réponse). C'est louche : peut-on renforcer le contrôle vigipirate à l'entrée, s'il vous plaît ?

 

"L'éthique en stomatologie" [sic] (réponse). Comme quoi, la stomatologie est une science morale.

 

"Pouvez-vous me dire qui est le créateur des si beaux (et confortables) sièges de la BnF autour du haut de jardin et dans les salles?" (réponse) Fayot !

 

"Bonjour, je suis intéressé par la conservation du patrimoine vidéo-ludique effectué par la BnF, et j'aurais donc plusieurs questions [...]" (réponse) Moi aussi, moi aussi.

 

 

Et enfin, l'oscar BnF de la meilleure question revient à :

 

"Comment respire l'écrevisse?" (réponse). Le plus drôle, c'est qu'il y a une réponse.

 

 

Et dire que je pensais être un peu à l'ouest...

 

A demain.

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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 15:57

 

Aujourd'hui à la BnF…

 

En cette fin d’année béhénéfienne, je lance un nouvel appel solennel à nos autorités, après celui, pour l’instant peu suivi d’effet, du Meetic BnF : Monsieur le Président Bruno Racine, Monsieur le représentant William Marx, je vous en conjure, écoutez-nous !

 

Le petit peuple du Rez-de-Jardin, tous ces lecteurs, chercheurs, doctorants…venus durant tout l'été et jour après jour, consciencieusement, occuper les salles de lecture, faire vivre les magasiniers et les bibliothécaires, dépenser leur argent en Café des Temps perdus, sans compter, en un mot, faire tourner la boutique : que demandent-ils aujourd'hui, pour être heureux ? Je vais vous le dire : ils demandent une carte de fidélité BnF !

 

Oui, une carte de fidélité. Un témoignage de gratitude minimal de la part de leur maison BnF, qui vienne récompenser leur assiduité, leur engagement sans faille et leur investissement de tous les instants vis-à-vis du Rez-de-Jardin. Combien d’heures de BnF cumulées affichent-ils à leur compteur, ces trimeurs du sous-sol ? Combien de journées d’été dénaturées pour ces humbles de corps mais non d’esprit qui, six fois par semaine, se lèvent matin, résignés et pâles, avec encore, parfois, un zeste de combativité s’attardant dans un coin de leur regard torve, pour refaire leur trajet BnF, tandis qu’au bord de toutes les mers d’Europe, leurs amis d’enfance, ayant bifurqué au bon moment, eux, s’éveillent tranquillement vers onze heures, pour se demander si ce sera plutôt piscine ou bien plage aujourd'hui ?  Combien d’itérations de ce désormais si bien connu parcours du combattant que constitue la descente en bibliothèque de recherche ? Ne pensez-vous pas, ô autorités, que cet esprit de sacrifice, jamais pris en défaut, mérite un petit quelque chose ?

 

Je vous propose donc un moyen simple et gratifiant de rétribuer la constance et d’illuminer un peu la vie terne de ces êtres d’obscurité et de moquette rouge que nous sommes : la Golden BnF Card.

 

La Golden BnF Card, comme ses consonances exotiques l’indiquent, est une carte privilège. Un must du Rez-de-Jardin. Elle récompense les meilleurs seulement, l’élite du lectorat BnF. Pour pouvoir y prétendre, il faut en effet cumuler 180 jours ouvrables consécutifs de présence en Rez-de-Jardin (c'est-à-dire à chaque fois une entrée + au minimum quatre heures de présence avant sortie définitive), ce qui correspond donc à trente semaines consécutives de Rez-de-Jardin, sans rater un seul jour (sauf les dimanches) et sans avoir retardé son heure d’arrivée plus de cinq fois au total sur la période. L’obtention de la carte peut être révoquée à tout moment si le détenteur reste plus de cinq jours ouvrables absent des salles de lecture. La Golden BnF Card, ça se mérite !

 

Pour vous motiver un peu (mais en avez-vous vraiment besoin ?), j’énumèrerai rapidement quelques-uns des avantages sans prix auxquels vous donne droit l’obtention et la possession de la Golden BnF Card.

 

Avec la Golden BnF Card, travaillez plus pour travailler plus. Tout détenteur de notre carte exclusive verra en effet son nombre de livres empruntables multiplié par deux. Surtout, il aura l’insigne privilège de pouvoir choisir, chaque jour, la place de son choix : priorité absolue pour les détenteurs, avec arbitrage au plus grand nombre de jours consécutifs en cours pour les conflits de place entre deux détenteurs de la Golden BnF Card.

 

La Golden BnF Card fait durer le plaisir. Pourquoi partir à 20h tous les jours ? Combien de fois vous est-il arrivé de pester contre le monde entier, et même contre dieu BnF, avouez-le, en essayant de terminer à tout prix d’annoter un ouvrage, à 19h59, pendant que nos amis agents de salle vous crient dans les oreilles en essayant de retirer la chaise sous vos fesses ? Avec la Golden BnF Card, bénéficiez d’une heure supplémentaire tous les jours et restez ainsi jusqu’à 21h. En bonus, tenez-vous bien, vous pourrez demander à bénéficier d’une soirée « BnF Night Fever » par semaine, j’ai bien dit : par semaine. Toute une nuit de Rez-de-Jardin chaque semaine, rien que pour vous, sans limites. Vous ne rêvez pas.

 

La Golden BnF Card vous ouvre les portes de l’Eden. Grâce à elle, vous pourrez satisfaire un des phantasmes les plus répandus en Rez-de-Jardin : un tirage au sort mensuel permettra en effet à tous les détenteurs de la Golden BnF Card de tenter de gagner un apéro en jardin central avec Jojo BnF ! Oui, grâce à la Golden BnF Card, vous pénétrerez, par une petite porte dérobée, dans l’Eden interdit et rencontrerez notre dernier lapin vivant. Avec lui, vous pourrez faire un tour en toute liberté dans le jardin central, jusqu’à la piscine à bulles privée qui se trouve en son centre. N’oubliez pas votre maillot !

 

La Golden BnF Card raccourcit les distances pipi. Grâce à la Golden BnF Card, plus besoin de partir en trecking – toilettes tout l’après-midi, avec le risque toujours latent de trouver porte close pour nettoyage. Non, votre carte vous donnera accès anytime aux toilettes du personnel, quelque part derrière le treillage métallique, là-haut, près des loges microformes.

 

La Golden BnF Card, enfin, fait péter le bouchon. Grâce à elle, vous pourrez faire fructifier votre amour immodéré du Menu Trio, puisque pour 10 Menus Trio achetés, le onzième est offert à tout détenteur de la Golden BnF Card. Mais ce n’est pas fini : pour 30 Menus Trio dégustés, le Café des Temps aura le plaisir, que dis-je, l’honneur de vous offrir une bouteille de champagne Veuve Jojo, cuvée spéciale BnF !

 

Elle est pas belle la vie ? Grâce à la Golden BnF Card et avec un peu de prévoyance, le champagne de votre pot de soutenance est tout trouvé. Reste plus qu’à finir la thèse.

 

A demain.

 

 

 

 

 

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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 12:16

 

Aujourd'hui à la BnF…

 

Je suis descendu en Rez-de-Jardin avec mon parapluie.

 

Oui, un peu à l'ouest le DoYou, fatigué. C'est vendredi. Rassure-toi donc, fuites et infiltrations ne sont pas, à ma connaissance du moins, un nouveau problème à rajouter aux défauts de conception du bâtiment par notre dieu BnF . J’ai juste fourré dans ma jolie mallette transparente tout ce que j’ai pu trouver dans mon sac, y compris mon parapluie pliable pour jours de gris. Cet incident cocasse m’a valu les regards amusés, et apitoyés, de nos amis les maîtres du vestiaire. Il m’a surtout rappelé que je n’avais rien dit, encore, de cet élément essentiel de notre vie BnF.

 

Que serait le Rez-de-Jardin, en effet, sans ce double purgatoire d’accueil, à l’est et à l’ouest d’Eden? Après le rigoureux contrôle vigipirate à l’entrée (aussi efficace, sans doute, que nécessaire ; mais si, voyons), le vestiaire est à la fois notre dernière étape de monde extérieur avant les escalators, et notre premier contact, encore indirect, avec le monde enchanté des salles de lecture, par l’intermédiaire de ces jolies containers de plastique qui nous suivront toute la journée. La mallette matinale en plexiglas, un must griffé BnF, est devenue pour moi aussi essentielle à mon bien-être quotidien que le Menu Trio de midi.

 

Le vestiaire est ainsi notre sas à métamorphose, le comptoir commun de transmutation, qui nous permet d’endosser le costume psychique du chercheur de fond, du pur esprit travaillant en sous-sol sans attributs extérieurs de superfluité : un ordi, pour les modernes, stylo bloc-notes pour les puristes, un ou deux livres de temps en temps, éventuellement une bouteille d’eau : l’attirail du mineur BnF est simple et fonctionnel.

 

Evidemment, je parle là du modèle « standard ». Ici, comme ailleurs, la diversité est la règle et les sorties de vestiaire réservent parfois quelqu’originalité. Un parapluie dans une mallette alimentera pour la journée les conversations des gardiens qui s’ennuient. Un lecteur stressé, ayant oublié que la BnF bénéficie du dépôt légal, demandera, sans sourciller, deux mallettes s’il vous plaît et un sac plastique aussi j’en aurai besoin ou plutôt deux oui merci, pour pouvoir caser ses nombreux et propres livres, déménagés chaque matin de la maison. Le frileux a prévu le gros pull d’été en V et l’écharpe de mémé (et le bonnet, tu y as pensé ? Non, parce qu’on ne sait jamais). On repère également rapidement les nouveaux, ceux qui n’ont pas l’air d’avoir encore compris les attraits du Café des Temps morts : en prévision d’une longue journée, on les voit sortir de leur sac banane et pépitos, barre énergétique et tupperware chamarré, voire figues séchées et Toblerone pour sustentation ponctuelle de cerveau publiant. Les plus déprimés, quant à eux, auront pris soin de camoufler en bouteille d’Aquarelle leur indispensable vodka d’oubli.

 

Mais ceux que j’envie le plus, pour ma part, ceux que j’admire, sont sans conteste ces anarchistes du vestiaire, ces contempteurs des règles universelles, qui déposent leur sac sans rien en retirer, bouche en sourire, ne demandant même pas de mallette. Et ils s’en vont, mains dans les poches, la frange légère et offerte à la brise, se promener à la surface. Ô veinards rusés ! Que j’aimerais, comme vous, repartir libre, après avoir confié mes affaires aux casiers du vestiaire et sortir dans le monde me balader, l’esprit tranquille et quasi innocent, ne songeant même pas, sacrilège délicieux, à libérer sur le système de réservation ma place pour en faire bénéficier un congénère agacé qui attendrait, en banque d’accueil, qu’une chaîne se libère pour lui dans notre caverne.

 

Ce bref bestiaire du vestiaire ne serait pas complet, enfin, sans une évocation émue des foules bigarrées qui peuplent un moment tout particulièrement agréable de notre journée BnF : la sortie, à 20h.

 

Qui chantera ces files d’attente processionnaires, ces guirlandes de piétineurs à cernes prononcés, tout décoiffés, et qui se suivent en bâillant ? Ils forment de zigue et zagants mille-pattes, doués, semble-t-il, d’une vie propre : il faut les voir, ces queues leu leu du soir, se contorsionner lentement autour d’une borne de réservation solitaire, plantée là incongrûment, comme pour servir de balise désorganisatrice, s'inventant à chaque instant en de nouvelles formes, adoptant des configurations inédites, revenant sur elles-mêmes en une double file titanesque ou, au contraire, s’étirant sans limite dans le hall, désert de moquette rouge écureuil et de stèles de verre indicatrices, tout prêt à accueillir leurs expérimentations géométriques.

 

Vestiaire d’entrée et de sortie, Léthé de bois clair pour chercheur fatigué, tu es le pré-Rez-de-Jardin, tu es l’après Rez-de-Jardin. Tu es l’alpha et l’oméga.

 

A demain

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Description

La vie à la Bibliothèque nationale de France (BnF) vue par des résidents permanents du Rez-de-Jardin

Rien à voir, ou presque