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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 17:33

 

Il était une fois, quelques jours ago, en BnF…

 

 

La bouche en sourire, affichant l’air béat du soldat ayant survécu à une belle bataille, j'escaladai le parvis, suivant à contre-courant les rayons crayeux d’un soleil pastel. Un coup d’œil sur la Seine, qui coulait libre à mes pieds. Un clin d’œil aux trois tours, que mon champ de vision embrassait. Un soupir d’aise en atteignant l’esplanade. J’avais fini ma thèse et je rentrais au bercail.

 

Je l’ai vu arriver, un beau jour, tout content, l’air sûr de lui, comme s’il venait de ressusciter, DoyouLazare, après des jours et des jours de mort provisoire. Je sais pas d’où il sortait, mais il avait l’air heureux de remonter les marches, je vous raconte pas ! On se serait cru au festival de canne.

 

Après trois semaines de souffrances, cloîtré, ailleurs, à vomir des bouts d’idées arrachées à un plan tordu puis jetées à la va-vite sur un fichier préformaté, j’avais obtenu le droit, négocié à grand prix chez le sieur Papyros – le marchand de volumes qui échange vos nuits blanches contre une thèse reliée – le droit, dis-je, de rentrer chez moi, en BnF.

 

Il avait pas l’air fin, faut bien l’avouer, les-cernes-gonflés-les-yeux-rougis, le poil mat du Doyou qu’a peu dormi. Bien Niqué de Fatigue (BNF), quoi.

 

Alors je suis rentré. Tel le fils prodigue honteux d’avoir renié, pour les derniers jours, l’alma mater aux quatre tours, et d’avoir dépensé tout le crédit de sa Golden BnF Card, durement accumulé depuis des lustres à hanter le rez-de-jardin. Mais heureux, comblé, car il sait qu’il sera accueilli, malgré tout, comme le rejeton perdu qu’on a retrouvé, le teint pâle et l’œil hagard, mais retrouvé quand même : la BnF accepte en son giron tous ceux qui l’idolâtrent. Et j’étais de ceux-là.

 

Je l’ai appelé, il a pas entendu ce sourdaud. Bordel, je me suis époumoné, mais y avait un convoi de Japonais qui passaient à ce moment-là, visitant le parvis Perrault (aka l’espla-patinade du Quai François Mauriac).

 

Humant l’air hivernal qui courait sur l’esplanade, je m’approchai d’Entrée Ouest, retrouvant ma pente d’accès à l’antre-livre. Au passage, je caressai de la paume gauche le mur d’acier aux contours froids, à l’arête duquel je m’inoculai derechef la fièvre BnF. Je descendis, que dis-je, je dévalai le tapis noir trempé de pluie et, franchissant timidement la porte tournante, je souris au vigile, aux gardiens du vestiaire, aux fanons de la baleine Bourgeois, à la porte d’entrée über-lestée-qu’on-dirait-un-âne-mort, à l’escalator 427, et à la vie et à l’amour.

 

Fallait le voir, tout guilleret, comme un gamin devant son sapin de Noël et ses cadeaux tous chauds. A pleines dents qu’il souriait, ce benêt. Tout le temps. Il a fait sa mallette, vous savez, transparente et tout et tout (parce qu’avec les nouvelles directives en Rez-de-Jardin, c’est du sérieux, maintenant, ça déconne plus trop avec les sacs-à-pique-nique qui dépassent, hein). Et puis, il a pris l’escalator : le premier :  puis le second. Il a passé le tourniquet, toujours l’air aussi niais, un fou heureux, quoi, il s’est avancé et il a fait un truc, bordel, si sa mère avait vu ça, elle aurait eu honte de lui, parole, elle le renie, on aurait dit Wojtyla de retour en Pologne.

 

Je tombai à genoux sur la moquette rouge écureuil, et dans un délire de joie j’embrassai ses poils ras. Larmes à l’œil. Ravissement (« N’ayez pas peur ! », eus-je envie de crier à tous mes camarades encore engoncés dans leurs chapitres sacrés, « le bout du tunnel n’est plus très loin, et je l’ai traversé. »).

 

J’étais scié. Sans déc’, je serais bien allé lui botter les fesses au Doyou, pour qu’il se relève. Les séquelles de la fin de thèse, sans doute. Enfin, que voulez-vous, fallait bien le laisser se défouler le petiot. Je me suis quand même approché plutôt que de l’ignorer (c’eût été moche). Et il m’a vu.

 

Et je le vis. Jojo au fond du couloir, se dandinant, serein, sûr de lui. Il a souri (enfin, je crois). Il s’est approché.

Il m’a regardé.

Je l’ai regardé.

J’ai ouvert la bouche pour parler.

Je l’ai refermée.

Je l’ai regardé.

Il m’a regardé.

Il m’a dit : « T’as pas fini de vouloir te la péter comme dans Bref à la télé ? ».

J’ai dit : « Ok ». Il m’a dit : « Et ta thèse, tu l’as finie ? ». J’ai dit oui (j’étais bien). Il m’a dit : « Et maintenant ? ». Je lui ai dit : « Maintenant, Jojo, les affaires reprennent ! ».

 

C’est la dernière fois que je l’ai vu, Monsieur l’enquêteur. Des agents de salle l’ont bien aperçu qui entrait, con/quérant, en salle O. Mais il s’est éclipsé vers 16h (petit coin oblige). Et personne n’a plus revu Do you BnF.

 

 

 

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Published by Do you BnF ? - dans Do you
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La vie à la Bibliothèque nationale de France (BnF) vue par des résidents permanents du Rez-de-Jardin

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