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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 16:55

 

Règle n°3. Initiez-vous aux mystères du Café des Temps.

 

Quelques précisions nécessaires au seuil de ma déclaration d’amour aveugle :

- non, je ne suis pas le directeur du Café des Temps ;

- non, je ne suis pas un employé du Café des Temps ;

- non, je ne suis pas non plus Jérôme Kerviel spéculant à la hausse sur la valeur boursière d’Eliance, la société prestataire du Café des Temps ;

- et non, ce blog ne perçoit aucun revenu publicitaire occulte (mais je devrais peut-être le leur proposer, chez Eliance).

 

La conscience tranquille, je peux donc entonner mon péan.

 

Mais tout d’abord, un peu d’étymologie propédeutique à l’attention de nos amis novices, les aspirants rez-de-jardiniers. D’où vient donc cet élégant patronyme de « Café des Temps », que vous me verrez systématiquement, pour ma part, compléter en « Café des Temps perdus », vu le temps que j’y passe à tremper mes madeleines dans des cafés très rallongés ? Très facile, pour quiconque a déjà pris la peine de consulter la maquette de notre dieu BnF : le Café des Temps est l'originalement nommé café situé dans le Club des Temps au pied de la Tour des Temps, ouvert tout le temps (sauf le lundi). Pour ceux qui auraient encore un doute, je les invite à consulter le plan du Rez-de-Jardin.

 

Ce point délicat étant réglé, ma mission consiste à présent à te convaincre de délaisser tout autre mode d’alimentation en Rez-de-Jardin pour me rejoindre, tous les jours à 13h précises, dans cet asile à pitance, non pas parce qu’on y mangerait mieux qu’ailleurs (faut quand même pas déconner), mais parce que j’ai parié avec un ami que la file d’attente arriverait un jour à toucher le mur du fond, et ce avant la fermeture annuelle du 6 septembre. Courage donc, tous ensemble, on peut y arriver.

 

Listons un à un les arguments inattaquables qui prêchent en faveur du lieu.

 

Le Café des Temps est indubitablement pratique. Fini, le sac plastique ou en carton chèrement acheté à l’extérieur, contenant ton mini-repas en –i, Exki, Franprix ou Monoprix, que tu ingurgites sans y penser en parlant de ta troisième partie. Fini le tupperware mal lavé que tu te trimballes toute la journée, contenant tes salades immuables faites en vitesse et qui, jamais, ne te sustentent vraiment jusqu’au soir.

Finis ces embarras. Le Café des Temps, c'est le kit mains-libres de la bouffe BnF. Le Sans-Souci de la restauration rapide. Mains dans les poches, sifflotant en sourdine, tu remontes toute l’aile sud depuis ta salle R, choisie expressément en raison de son éloignement géographique maximal par rapport au Café : en dromomane gourmand, tu ne peux te passer du plaisir discret de marcher le plus longtemps possible sans pique-nique à transporter, avant d’arriver enfin à destination pour commander ton repas. Extatique. Surtout si tu as pensé aussi à acheter un cadenas d’ordi qui te déleste en sus du poids de ton netbook.

 

Le Café des Temps est indubitablement convivial. D’abord, c'est le seul endroit en Rez-de-Jardin où tu peux parler sans chuchoter (procédé qui a la double et fâcheuse conséquence de projeter dix postillons à la minute sur ton interlocuteur, tout en l’empêchant de comprendre un traître mot à ton discours). Certes, tu peux aussi parler dans les autres « Clubs » ou dans les halls d’accueil qui mènent aux toilettes, mais ta voix doit alors parcourir d'abord verticalement cinquante-deux mètres de hauteur de plafond avant de parvenir aux oreilles de ton interlocuteur (et de tout autre être vivant dans un rayon de trente mètres), amplifiée et déformée par le volume d’air afférent. Non, dans le Café des Temps, tu peux parler normalement.

Tu peux aussi t’asseoir sur de beaux tabourets rotativement immobiles, vissés par trois sur le sol autour de belles tables rondes et fixes, elles aussi, pour éviter que tu n’en emportes dans ton cabas en partant.

Et puis, surtout, tu peux prendre ton temps, au Café des Temps : les trente-cinq minutes de file d’attente règlementaires te fournissent un prétexte parfait pour étirer au maximum ta pause de midi. Tu as tout le temps de détailler avec tes amis toutes les aventures étonnantes qui te sont arrivées depuis hier soir. Sache, par ailleurs, que c'est dans les files d'attente du Café des Temps qu'on a inventé le slow food.

 

Le Café des Temps est indubitablement ludique. Il y a plein de jeux pour te distraire au Café des Temps et y passer encore plus de temps :  

- des jeux multijoueurs en réseau : le plus couru en ce moment consiste à tenter de rendre fou le personnel du Café, pourtant si affable et efficace, en synchronisant au maximum les heures de repas (13h) et de goûter (17h) de tous les lecteurs du Rez-de-Jardin, pour essayer de faire sauter la banque (inscriptions sur www.panurge.bnf).

- des jeux d’adresse : essayer d’empiler en moins de dix secondes les tasses de café sur la desserte-poubelle sans rien faire tomber. Tu verras, c'est drôle.

- des jeux de patience : pourvu dans chaque main d’un plateau sur lequel sont disposées cinq tasses de café remplies, essayer d’ouvrir la porte d’entrée de quatre-vingt kg sans rien renverser (oui, le truc, tu as compris, c'est d’attendre qu’un(e) congénère serviable te tienne la porte : avec un peu de chance, tout ça se finit en double-place Meetic BnF).

 

Le Café des Temps est indubitablement sacré. Situé si près de l’Eden, il ne pouvait pas déroger à la règle numérologique de la Trinité : trois tabourets par table (le chercheur ne se déplace que par phratries de trois, c'est bien connu), le Café des trois Temps (avant de commencer ta partie, pendant la rédaction, après le point final) te propose son repas sacré : le MENU TRIO. Ô Trio hypostatique ! Ô Triple plaisir immarcescible et toujours renouvelé ! Que ferais-je sans toi ? Ta formule magique tripartite autorise les combinaisons les plus audacieuses, les mélanges les plus évocateurs : salade Aoste / cookie blanc / Aquarelle ? Maraîcher / fromage blanc café-brownie / Coca Zéro ? Club tapenade-feta / compote pomme-fraise / San Pé' ? Mais tu en veux davantage, je le sens, tu n'es pas convaincu. Tâte donc de ses mini-cannelés patentés, de ses magnums et cornetti pour le goûter, de son riche assortiment de thés Richard pour la modique somme de 2,20 euros le sachet trois-feuilles.

 

C'est beau, non ? C'est fort.

 

Alors bien sûr, j’en entends déjà, parmi vous, qui font la fine bouche, quelques misologues toujours prêts à se plaindre. Jamais contents, les intellectuels. Mais ça se règle vite, ces histoires : le contrat du prestataire actuel s’achevant en décembre, il ne tient qu’à vous de répondre à l’appel d’offres, qui sera publié sous peu, et de nous proposer mieux. Je soutiendrai publiquement et sans réserve toute initiative visant à installer le premier Café des Temps autogéré.

 

En attendant, moi, j’assume. Et je suis prêt à me soumettre tous les jours à l’ordalie de la salade de saumon pas fraîche, car j’ai foi en mon Menu Trio. Et puis, il faut bien mourir de quelque chose.

 

[A suivre]

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Published by Do you BnF ? - dans Thema BnF
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commentaires

hérétique 19/08/2010 23:08


depuis la salade je le maintiens pas fraîche j'ai trouvé une autre solution pour régler le délicat problème du déjeuner : j'arrive à 14h, comme ça je mange chez moi (certes je travaille moins, mais
je dors plus et je mange mieux)


Do you BnF ? 20/08/2010 08:23



C'est sain. Bravo. Mais je reste sur le Café des Temps pour ma part, et ses salades qui me consolent de celles que je rédige à longueur de journée.



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La vie à la Bibliothèque nationale de France (BnF) vue par des résidents permanents du Rez-de-Jardin

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