26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 15:39

 

 

Un dimanche indéfini, à la BnF…

 

 

Une ombre s’avance sur le parvis, menue, rapide et sautillante. Tout est glacé (vent du nord), et soleil à grands aplats. Jojo rase les murs de verre de la Tour des Lois. Il se presse, n’aimant pas trop s’aventurer à découvert par les temps qui courent. Trop risqué.

 

Personne à part lui sur l’esplanade, pour le moment. Il a bien calculé son coup. Avant d’être repéré, il s’approche du trou secret qu’il s’est ménagé dans le plancher, depuis déjà longtemps. Il actionne la planche arrangée qui bascule dans un bruit sec. Furtif, Jojo se glisse dans l’ouverture et remet la planche en place derrière lui. Tout baigne. Retour au bercail.

 

Il serait bien resté un peu plus longtemps en vacances, le Jojo, parce qu'il en a un peu sa claque du Rez-de-Jardin, le Jojo. Pour une fois qu’il s’était trouvé un p’tit coin sympa où squatter pépère, chez son bon pote Baraton à Versailles, carottes et Ardbeg 16 ans d’âge à l’œil et volonté, voilà que Do you fait des manières. - Jojo, faut que tu rappliques, et fissa. J’ai trouvé le moyen de te faire élire représentant des usagers avant 2013. – C'est pas vrai, garçon, tu déconnes ? – Non, non, mais faut faire vite. Ya pas vraiment de temps à perdre. W. Marx est sur ma trace. – Ok, ben dis-moi, Do you, grouille. – T’es fou ou quoi, pas par téléphone ! Trop dangereux. Ramène-toi, demain, 13h, en salle O, aux loges à microfiches. – Mais c'est dimanche, Do you, t’as pété un câble ? – T’en fais pas, j’ai fauché le passe à Rez-de-Jardin d'un agent ce matin, j’y serai. Clic. Il se complique un peu la vie, le Do you, mais bon, il est bien brave, va. Allez, descente.

 

Jojo s’engage dans le passage privé qu’il s’est concocté dans les coulisses du bâtiment BnF, discrètement. A coups de dents qu’il se l’est fait, ce tunnel maison, en connectant quelques bouches d’aération à deux ou trois gaines électriques, tout ça pour relier son terrier en Eden central au monde extérieur. C'est bien pratique. Quelques virages et descentes en rappel plus loin, le voilà rendu à la bifurcation qui lui permet soit de plonger vers son terrier, soit d'aller vers les salles, emprunter quelques livres pour les soirées d’hiver. Il s’engage à droite. Rendez-vous en salle O, rendez-vous en salle O... C'est pas très prudent, garçon. Faut pas se faire choper quand même. Bordel.

 

Débouchant sous les marches du Café des temps perdus, Jojo s’arrête un moment. Il scrute. Il écoute. Pas un chat. Se décidant, le voilà qui plonge le long de la paroi de verre (se camoufler un maximum des caméras), progressant par à-coups, de montant d’acier en montant d’acier. Dix minutes plus tard, parvenu devant l’entrée de la salle, Jojo bondit et, dans un silence de mort, il pénètre en salle O.

 

Vide et solitude. Banque déserte, chaises alignées. Livres parqués. L’impression de marcher dans le couloir de la mort. Enfin, j’imagine. Enfin, sans les tables, quoi, et puis avec la chaise électrique au bout, tout ça. Ok, c'est pas non plus pareil, mais bon…enfin bon, on s’en fout : « L’impression de marcher dans le couloir de la mort ». De tablée en tablée, Jojo se dirige vers les loges à microfiches, vers l’antre obscur de la salle aux noirceurs éternelles.

 

Il s’approche et tente un faible Do you ? T’es là ? Réponds, bordel !

 

Rien.

 

Bis.

 

Toujours rien.

 

Il flippe un peu, quand même. Les chocottes. Faut pourtant aller voir. Ouais, faut bien y aller. Prudemment, il rampe jusqu’au coin formé par la première loge à microfiches, en crotale. Millimètre à millimètre, il risque une oreille, puis deux, la moustache, et puis l’œil.

 

AAAARRGH ! Stupeur-révulsion oculaire. Commotion d’adrénaline et vomis dru.

On a tué Do you !! Do you ! Do youhouhoouhouhou !!!

 

Ou plutôt, non, c’est pas tué qu’on l’a, le Do you, c’est vidé, écharpé, dépiécé, disséqué vivant et déployé sur le sol. Des lamelles de chair traînent un peu partout, mais méticuleusement alignées, comme pour la parade, reformant sur la moquette les organes extériorisés de Do you, un intestin par-ci, le foie par là, les lobes cérébraux un peu plus disséminés. On dirait du Von Hagens hardcore. Seule la tête de Do you est intacte, conservant un air de panique qui fait crier Jojo, râle, stridence, il devient complètement fou et il commence à…

 

MAIS HO ! JOJO ! Je peux savoir ce que tu fous sur mon écran ? ça va pas la tête !! (dit Do you tout rubicond).

 

Tiens, Do you, ça boume ?(dit Jojo angélique)

 

Do you : mais t’es débile ou quoi ? Je peux pas faire ma pause café tranquille sans que tu fasses du clavier-jacking ! Et pour des trucs…des trucs...mais vraiment dégueu, en plus ! T’as trop lu Houellebecq, toi, ça te porte sur le système. Tu sais que tu viens de commettre un plagiat monumental, en plus, je pourrais te dénoncer à Bruno Racine et à Slate.fr, ils te feraient ta fête.

 

Jojo : ça va, ça va, tu vas pas non plus nous pondre un âne, ho ! C'est bon, j’ai compris que tu comprenais rien à l’art moderne. T’es lamentable. Moi qui allais faire de toi une star. T’es vraiment trop naze, Do you. Et moi, j’me câasse. Tschüssie.

 

Do you : Attends un peu Jojo ! JOJO ! Bordel, mais ça devient une habitude ou quoi ?

 

Enfin bon, content de l’avoir retrouvé quand même, le lapinolourdaud. Il m'a manqué.

 

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Published by Do you BnF ? - dans Jojo
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