27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 11:16

 

Aujourd'hui à la BnF…

 

Je suis descendu en Rez-de-Jardin avec mon parapluie.

 

Oui, un peu à l'ouest le DoYou, fatigué. C'est vendredi. Rassure-toi donc, fuites et infiltrations ne sont pas, à ma connaissance du moins, un nouveau problème à rajouter aux défauts de conception du bâtiment par notre dieu BnF . J’ai juste fourré dans ma jolie mallette transparente tout ce que j’ai pu trouver dans mon sac, y compris mon parapluie pliable pour jours de gris. Cet incident cocasse m’a valu les regards amusés, et apitoyés, de nos amis les maîtres du vestiaire. Il m’a surtout rappelé que je n’avais rien dit, encore, de cet élément essentiel de notre vie BnF.

 

Que serait le Rez-de-Jardin, en effet, sans ce double purgatoire d’accueil, à l’est et à l’ouest d’Eden? Après le rigoureux contrôle vigipirate à l’entrée (aussi efficace, sans doute, que nécessaire ; mais si, voyons), le vestiaire est à la fois notre dernière étape de monde extérieur avant les escalators, et notre premier contact, encore indirect, avec le monde enchanté des salles de lecture, par l’intermédiaire de ces jolies containers de plastique qui nous suivront toute la journée. La mallette matinale en plexiglas, un must griffé BnF, est devenue pour moi aussi essentielle à mon bien-être quotidien que le Menu Trio de midi.

 

Le vestiaire est ainsi notre sas à métamorphose, le comptoir commun de transmutation, qui nous permet d’endosser le costume psychique du chercheur de fond, du pur esprit travaillant en sous-sol sans attributs extérieurs de superfluité : un ordi, pour les modernes, stylo bloc-notes pour les puristes, un ou deux livres de temps en temps, éventuellement une bouteille d’eau : l’attirail du mineur BnF est simple et fonctionnel.

 

Evidemment, je parle là du modèle « standard ». Ici, comme ailleurs, la diversité est la règle et les sorties de vestiaire réservent parfois quelqu’originalité. Un parapluie dans une mallette alimentera pour la journée les conversations des gardiens qui s’ennuient. Un lecteur stressé, ayant oublié que la BnF bénéficie du dépôt légal, demandera, sans sourciller, deux mallettes s’il vous plaît et un sac plastique aussi j’en aurai besoin ou plutôt deux oui merci, pour pouvoir caser ses nombreux et propres livres, déménagés chaque matin de la maison. Le frileux a prévu le gros pull d’été en V et l’écharpe de mémé (et le bonnet, tu y as pensé ? Non, parce qu’on ne sait jamais). On repère également rapidement les nouveaux, ceux qui n’ont pas l’air d’avoir encore compris les attraits du Café des Temps morts : en prévision d’une longue journée, on les voit sortir de leur sac banane et pépitos, barre énergétique et tupperware chamarré, voire figues séchées et Toblerone pour sustentation ponctuelle de cerveau publiant. Les plus déprimés, quant à eux, auront pris soin de camoufler en bouteille d’Aquarelle leur indispensable vodka d’oubli.

 

Mais ceux que j’envie le plus, pour ma part, ceux que j’admire, sont sans conteste ces anarchistes du vestiaire, ces contempteurs des règles universelles, qui déposent leur sac sans rien en retirer, bouche en sourire, ne demandant même pas de mallette. Et ils s’en vont, mains dans les poches, la frange légère et offerte à la brise, se promener à la surface. Ô veinards rusés ! Que j’aimerais, comme vous, repartir libre, après avoir confié mes affaires aux casiers du vestiaire et sortir dans le monde me balader, l’esprit tranquille et quasi innocent, ne songeant même pas, sacrilège délicieux, à libérer sur le système de réservation ma place pour en faire bénéficier un congénère agacé qui attendrait, en banque d’accueil, qu’une chaîne se libère pour lui dans notre caverne.

 

Ce bref bestiaire du vestiaire ne serait pas complet, enfin, sans une évocation émue des foules bigarrées qui peuplent un moment tout particulièrement agréable de notre journée BnF : la sortie, à 20h.

 

Qui chantera ces files d’attente processionnaires, ces guirlandes de piétineurs à cernes prononcés, tout décoiffés, et qui se suivent en bâillant ? Ils forment de zigue et zagants mille-pattes, doués, semble-t-il, d’une vie propre : il faut les voir, ces queues leu leu du soir, se contorsionner lentement autour d’une borne de réservation solitaire, plantée là incongrûment, comme pour servir de balise désorganisatrice, s'inventant à chaque instant en de nouvelles formes, adoptant des configurations inédites, revenant sur elles-mêmes en une double file titanesque ou, au contraire, s’étirant sans limite dans le hall, désert de moquette rouge écureuil et de stèles de verre indicatrices, tout prêt à accueillir leurs expérimentations géométriques.

 

Vestiaire d’entrée et de sortie, Léthé de bois clair pour chercheur fatigué, tu es le pré-Rez-de-Jardin, tu es l’après Rez-de-Jardin. Tu es l’alpha et l’oméga.

 

A demain

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Published by Do you BnF ? - dans Do you
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