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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 18:15

 

Aujourd'hui, à la BnF…

 

 

Non, rien n’a changé. Les quatre tours vitrées qui grandissent à mesure que je m’approche, verticales verrières grisâtres sous la bruine parisienne. Les marches glissantes de bois exotique à gravir lestement, tel l’Isard chercheur des montagnes. Le parvis-patinoire luisant, en bois exotique. La glissade - salto arrière, sur bois exotique, avec son rétablissement artistique doublé d’une entorse au poignet. Le tapis roulant qui ne roule plus, imbibé comme un thésard à son pot de thèse. Les mesures Vigipirate renforcées, toujours aussi peu dissuasives (je croyais pourtant qu’on était au bord de l’écarlate). Et la petite mallette, le ticket vestiaire, les escalators d’enfer et nos amis agents...

 

Ah ! L'Eden, enfin retrouvé !

 

Quatre semaines d’exil, loin du Rez-de-Jardin, à ressasser sans cesser les souvenirs bien ancrés de mes journées BnF et à gémir de mon sevrage forcé du Menu trio et de magnums dorés. Quatre semaines à me repasser fébrilement, et en boucle, la vidéo d’évasion en regrettant un peu de l’avoir finalement réussie. Quatre longues semaines d’inactivité blogotique. Et quatre longues semaines d’attente et d’espoir trépignant.

 

Mais cela en valait la peine. Le plaisir, tu le sais bien, est d'autant meilleur que l'attente est longue : une satisfaction sagement et savamment différée peut subjuguer sans retenue. Me voici donc, fredonnant gaiement l’air des escalators, presque aussi doyoutant que lors de ma première descente. Le regard pétillant et la bouche en sourire, je m’avance dans les travées, tout excité d’être de retour. J’ai presque envie de m’agenouiller et d’embrasser la moquette rouge écureuil.

 

Evidemment, tout ne sera pas forcément rose ni facile. Comme dans tous les come back, il va maintenant falloir assurer. Retrouver ses repères. S’organiser. Et reprendre contact avec Jojo, surtout. Jojo ! Qu’es-tu devenu pendant mon absence ? Où es-tu ? Que fais-tu ? M’entends-tu ?

 

Rien n’est simple dans un retour, non. Les vieilles connaissances te sourient et hochent la tête amicalement, bien sûr. Mais tu perçois néanmoins dans leurs yeux une petite lueur d’orgueil, voire de défi, te confirmant illico qu’ils ont bien conscience de leur supériorité sur toi : ils n’ont pas raté, eux, la vraie rentrée BnF, celle du 20 septembre. Et te voilà te traînant piteusement, un samedi deux octobre, sans espoir déjà de rattraper le temps et les cafés perdus. Quant aux nouveaux, tout est à refaire avec eux. Il va falloir les amadouer, ces jeunes piranhas qui en veulent, et ces vieux tyrannosaures sur le retour. Les brosser dans le sens du poil, si tu veux avoir une chance d’accéder un jour au câble Internet qu’ils se sont évidemment approprié en ton absence. Mais c'est faisable, et ce sera fait. Tout est dans la ténacité. Patience et longueur de temps...

 

Et nos amis agents ? Toujours au poste, pardi !, jonglant comme d’habitude avec les ouvrages les plus abstrus et les plus lourds, et bien décidés à ne plus nous permettre d’incartade : cette année, ce sera 19h45 dernier délai pour réserver des ouvrages pour le lendemain, plus d’exception ! Et ils ont bien raison.

 

Je les soutiens dans leur combat d’autant plus que, de tous les habitants du Rez-de-Jardin, ce sont eux qui m’ont le plus suivi dans mon exil, même si c'est à leur insu. Pour faire passer le temps, j’avais en effet entrepris pendant ces quatre semaines de me repasser les œuvres filmiques complètes de mes acteurs préférés, à commencer par celles de Daniel Day-Lewis. Vous vous souvenez sans doute de cette scène mémorable, dans Gangs of New York, où le boucher / ex-lanceur de couteaux qu’il incarne fait monter sur scène Cameron Diaz, son ancienne assistante, pour un numéro « for the sweet souvenir ». Heureux comme un Doyou, je me suis repassé la scène en boucle afin de m’entraîner au lancer de couteaux dans ma cuisine, sur une effigie de mon directeur de thèse comme il se doit. Et c'est alors qu'est intervenu Monsieur mon subconscient., apparemment un peu marqué par mes histoires de Rez-de-Jardin. Facétieux, Monsieur mon ça m’a ainsi fait la surprise de rejouer pour moi la scène en rêve, avec quelques adaptations significatives : Day-Lewis était devenu un agent de salle (dont je tairai le nom) qui me lançait à toute vitesse et à tire-larigot des livres, les yeux  recouverts de deux badges blancs sur lesquels était inscrite la question : "Mais qui est Do you BnF?". Je devais quant à moi les rattraper et les porter en magasin avant que ne sonnent 19h45 et que ne retentisse la voix que nous connaissons si bien, annonçant la fermeture des salles…

 

Je me suis réveillé en sueur, mal à l’aise. Etait-ce finalement une si bonne idée que ça de vouloir retourner à la BnF ? N’étaient-ce pas là les premiers symptômes d’un dérèglement psychologique lancinant, que l’on pouvait certes déjà soupçonner du fait de la simple existence de ce blog, mais bon, quand même : n’avais-je pas passé un palier ? Qu’importe, l’avenir le dira et qui vivra verra. Pour ma part, je ne voulais pas me passer plus longtemps du Rez-de-Jardin et de ses joies nombreuses.

 

Heureux, donc, de vous retrouver pour quelques billets de plus.

 

A bientôt

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Published by Do you BnF ? - dans Do you
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commentaires

Alain Pierrot 27/10/2010 09:04


Une vidéo alternative qui présage quelques retours ?

http://www.youtube.com/watch?v=LnrPWxDtzsE


JBG 09/10/2010 13:50


C'est par hasard, en cherchant une bibliothèque alternative, que je suis tombé sur ce site au mois d'août dernier. Que de sentiments familiers... Comment désormais ne pas scruter pour tenter de
découvrir qui se cache derrière ces messages tragi-comiques. Bonne continuation - tschüss.


holden 08/10/2010 11:40


c'est cool de te relire


Do you BnF ? 08/10/2010 11:54



Merci !


Je vais tenter de publier au moins un billet par semaine, en espérant m'y tenir. A bientôt donc.



Phil Siné 08/10/2010 00:29


Bon retour !


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La vie à la Bibliothèque nationale de France (BnF) vue par des résidents permanents du Rez-de-Jardin

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