9 octobre 2010 6 09 /10 /octobre /2010 18:07

 

Aujourd'hui à la BnF…

 

 

En cette veille de « semaine sociale » (j’ouvre une brève parenthèse : les raccourcis de la langue médiatique laissent souvent songeur le sociologue. Il y aurait donc des semaines plus « sociales » que d’autres, un peu comme il y aurait des semaines « paires » et des semaines « impaires » ? Fichtre. Je ferme la parenthèse), j’ai décidé, pour une fois, de traiter un sujet d’actualité : celui des retraites.

 

Loin de moi l’idée de m’immiscer dans le débat politique, rassurez-vous : en adepte fervent de la neutralité blogo-axiologique, je laisse ça à Jojo et à ses projets présidentiels. Je souhaiterais seulement apporter, depuis mon Rez-de-Jardin, une modeste contribution à la réflexion sur ce grave problème qui nous concerne tous : mais quand faut-il donc s’arrêter de travailler dans la vie, bordel ?

 

Si l’on scrute et interroge les habitants de la BnF, on s’aperçoit rapidement que la réponse à cette question varie sensiblement selon votre position dans le système de production rez-de-jardiniste.

 

Prenez Jojo, par exemple. C'est un rentier, lui. Il ne travaille pas. Il se contente de cultiver son jardin et de se servir ponctuellement dans les réserves de carottes du Café des Temps perdus, vers lesquelles, je le sais, il a creusé un tunnel secret depuis son terrier en jardin central. La retraite, pour Jojo, c'est sa vie, son quotidien. Il l’a déjà prise depuis longtemps, et sans rien demander à personne.

 

Prenez les chercheurs, à présent, nous autres quoi, le peuple aux paupières lourdes. Nous devons bien être une des rares catégories de la population française qui aujourd'hui met déjà en œuvre, et depuis longtemps, le projet politique du gouvernement : un chercheur, c'est bien connu, ça travaille toute sa vie. ça ne part pas à la retraite à soixante ans. Non. ça ne part pas à la retraite à soixante-deux ans. Non. ça ne part pas à la retraite. Point. Un chercheur retraité est un chercheur mort, et vice-versa. Il suffit de lever la tête, en Rez-de-Jardin, et de regarder un peu autour de soi pour s’en apercevoir : malgré l’hostilité évidente de son milieu naturel, le chercheur senior, et même le senior-plus, s’accroche. Pas caduc, le lecteur chenu aux feuilles persistantes. Et pourtant ! Que de glissades-sur-bois-exotique-avec-rupture-du-col-du-fémur-à-la-clé accumulées par nos anciens ! Que de tendinites du coude chronicisées à pousser ainsi, des années durant, les lourdes portes en âne mort de notre Rez-de-Jardin ! (C'est pas des portes coupe-feu qu’on nous a mis, à l’entrée, c'est des portes coupe-vieux.) Que de crises d’angoisse silencieuse surmontées, avec plus ou moins de réussite, par ces chercheurs à la prostate sensible qui ne savent jamais, en arrivant le matin, s’ils parviendront à éviter aujourd'hui encore l’inondation. Point de sarcasmes, non : je sais que c'est aussi ce qui m’attend, avec un peu de chance. Car oui, le chercheur BnF, le vrai, le bon, aspire à jaunir avec ses livres, à jubiler sans jubilé. Ou pas ?

 

Prenez maintenant nos amis agents BnF, en salle ou en magasin. Peut-on décemment leur infliger le même traitement ? Peut-on les obliger à rester, après soixante ans, à servir les rabougris et les pré-rabougris que nous sommes, nous, les marcheurs lents aux cernes sombres ? C'est inhumain ! Soixante ans de livres lourds à transbahuter, de TAD en banque et de banque en TAD. Soixante ans de magasins à sillonner, de vestiaires à remplir et à vider, de chaises à ranger, de livres à remettre en place ou à photocopier…C'est déjà trop. Et la pénibilité du travail alors ? C'est la même chose, d’ailleurs, pour nos amis employés du Café des Temps perdus. Il faut vraiment que les membres du gouvernement et notre omniprésident n’aient jamais assisté au spectacle poignant du service de 17h au mois d’août, pour qu’ils puissent sérieusement envisager de relever l’âge du départ à la retraite pour tout le monde, sans exception. Vous rendez-vous compte de l’effort fourni par ces travailleurs du Temps, obligés de servir leur petit goûter à trois cent chercheurs en l’espace de dix minutes, parce qu’on a tous décidés, en bons panurges académiques, de prendre notre café-cannelé à 17h, et pas à 16h30 ou à 17h15 ? Rendons-leur donc plutôt hommage et laissons-les plus tôt partir.

 

Délicate question, donc, que celle des retraites. Mais en écoutant nos hommes politiques en débattre, je me dis parfois qu’il y a certains métiers qui gagneraient peut-être à se voir imposer un départ à la retraite après dix ans de service.

 

A samedi prochain.

 

(à partir d'une idée-billet de Maryline)

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Published by Do you BnF ? - dans Do you
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commentaires

Jojo 13/10/2010 08:41


60 ans, pas une minute de plus!


Trrouk 10/10/2010 08:55


Bon la retraite c'est une perspective quand même vraiment lointaine - ce que j'aimerais bien c'est retrouver le sens de la notion de week-end...


Do you BnF ? 11/10/2010 10:26



fais comme moi : passe au weak-end.


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