30 juillet 2010 5 30 /07 /juillet /2010 09:35

Aujourd'hui à la BnF…

 

J’ai découvert la lutte des places. Comme toute marchandise rare et demandée, les places en Rez-de-Jardin sont chères. Il paraît que c'est normal. Leur valeur varie cependant en fonction de plusieurs paramètres. Tentons donc une petite typologie rapide.

 

La place en or. C'est celle que tu as réservée depuis chez toi, à plat sur ton sofa, tout début juillet (parce que tu partais en vacances jusqu’au 18, veinard) pour le 19 juillet 14h (c'est un lundi). Elle est à toi, valeur refuge, personne ne pourra te la prendre (sauf, évidemment, si tu arrives à 14h31…oui, c'est 30 minutes de battement maxi maintenant, n’oublie pas).

 

La place réglo. C'est celle du chercheur lambda, honnête et travailleur. Consciencieux (en un seul mot), c'est celui qui arrive avant l’ouverture. 8h55 sur l’esplanade, entrée Ouest : il attend, le nez au vent, que Dieu BnF l’accueille en son édifice. S’il ne s’est pas trop mal débrouillé, il arrivera, après vestiaire, vers 9h04 devant sa banque d’accueil préférée et obtiendra une place, mais pas dans la salle de lecture qu’il visait au départ.

 

La place de raccroc. Tu t’es levé tard, c'est normal, hier tu as eu ta « sortie-semaine » du mois (celle que tu fais un soir en semaine, exception que tu ne t’autorises que très rarement car tu veux rester productif). Il est donc 9h30 à ta montre. Eh ! merde …C'est foutu pour une place réglo maintenant. Tant pis, je contourne. A 10h04, à plat sur ton sofa, tu es sur le site d'identification du Rez-de-Jardin, prêt à clavibondir. 10h05 ! Pif-paf connexion agenda choix de la salle idoine veuillez préciser votre heure d'arrivée disons douze heures pour être sûr réserver confirmation…ça y est !  Ta place raccroc vient de se transformer en place en or. Nickel. 

 

La place surprise. L’alchimie susmentionnée n’a pas fonctionné pour toi. Dommage. Tu te retrouves avec une place demi-journée. En langue BnF, cela veut dire qu’à partir de 14h, tu n’es plus protégé. Ta place est à prendre, te voilà expendable. Tout dépendra alors de ton adversaire. Surprise ! C'est Sébastien Chabal qui a décidé de faire une thèse sur l’économie politique du poil aux îles Fidji. Tu lui laisses ta place, l’échine courbée, bouche en sourire, et tu passes au dernier paragraphe. Surprise ! C'est une gentille petite retraitée qui, comme tu le lui expliques patiemment, s’est trompée de place. Tu ne lui en veux pas, la pauvrette, et tu l’envoies en salle P.

 

La place virtuelle. Tu disposais d’une place en or pour 10h, mais tu arrives à 10h31, en sueur et suffoqué. Ta vespa n’a pas démarré et tu as dû te rabattre sur le métro et sur tes pieds. Par dépit, tu passes quand même ta carte sur le lecteur. Eurêka ! ça marche ! Who’s the boss, man ? Tu pénètres, en roi du pétrole, et rejoins ta banque de salle où tes livres t’attendent. « Ah, non. Désolé, Monsieur, mais vous n’avez pas de place attribuée. – Mais si, pourtant, la place U44, là-bas. – Non, non, vous n’avez pas de place et vous n’avez pas pu entrer – Ah bon ? Et moi, là, je suis quoi ? Virtuel ? Vous vous prenez pour Schrödinger ou quoi? – Je regrette, Monsieur, on ne vous trouve pas sur le système. – Le système ! Mais qu’est-ce que je fais moi alors ? - Eh ! bien, il faudrait ressortir et tenter d’avoir une nouvelle place. Mais je vous préviens, il n’y en a plus. – Ah. Ok. Très bien. Parfait. Ben moi, je m’en fous ! Je reste là. » Planté devant la banque, il réussit le hold-up : la présidente de salle accepte finalement de tenter une opération audacieuse : elle vérifie sur le système le statut de la place U44. Pas encore réattribuée. « - Voilà, Monsieur, vous êtes en U44, et tous vos ouvrages sont là ». La lutte des places sourit aux plus tenaces.

 

La place de la dernière chance. C'est la place que tu prends quand il n’y a plus rien. Elle demande une certaine familiarité avec le système informatique de réservation, mais ça s’apprend. Pour ma part, j’ai été initié par un ami passé grand maître ès arcanes BnF. Si donc tu te retrouves un jour confronté à un tourniquet fermé, garçon, tu peux toujours : 1. réserver une place « Audiovisuel et multimédia » ; 2. demander une place « Réserve » ou « Grand format » ; 3. en dernier recours, choper une place « Lecture et déficience visuelle », mais ça c'est moche.

 

La place Christophe Lemaitre. Enfin, si tout le monde est passé avant toi et que tu n’as vraiment plus de place, tu peux toujours tenter le 100 m L : profitant d’un bâillement du gardien, tu t’engouffres par la sortie entre les détecteurs, cours sans te retourner jusqu’en salle L, ralentis pour pas te faire remarquer, montes à l’étage des loges à microfilms, et tu attends que ça se passe.

 

Tu peux aussi rentrer chez toi ; on y est bien, tu verras.

 

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commentaires

Le gardien du temple 14/08/2010 11:57


La salle R est un endroit réservé à
1/ des professeurs de sciences humaines ou littérature qui fuyant leurs doctorants (d'où terreur d'yceux à l'idée d'y aller)
2/ des ecrivains fuyant leurs fans
3/ des matheux ombrageux n'aimant pas la frénésie dactylographique de leurs voisins occasionnels (parce qu'on ne peut pas se concentrer sur les équations)

D'autre part : 9h04 en banque de salle c'est un score de tortue.


Do you BnF ? 14/08/2010 14:52



Le problème de la salle R, c'est surtout que c'est la salle la plus éloignée du Café des Temps perdus. Mais bon, le menu trio, c'est peut-être pas trop leur truc aux professeurs de sciences
humaines, écrivains fugitifs et matheux ombrageux...



une Anonyme de la BNF 12/08/2010 11:13


J'aimerai bien être en loges microformes quand un lecteur arrivera après avoir tenté la place Christophe Lemaitre, le réceptionner au vol et lui demander sa carte et quels microformes il veut
consulter... Et oui, il y a toujours un dernier cerbère là où on s'y attend le moins!
Bon courage amis lec..chercheurs!


Do you BnF ? 12/08/2010 12:21



Oui, j'avais oublié que le "plaquage Chabal" en loge microformes (lien) fait partie des
risques du Rez-de-Jardin pour les chercheurs-resquilleurs... Mais je suis sûr qu'on doit pouvoir trouver un terrain d'entente, entre anonymes de la BnF, non ?


Bon courage en tout cas à vous aussi, amis agents qui nous supportez à longueur de temps, et avec le sourire !



Marion 30/07/2010 11:48


Petit ajout à cette typologie : "la place de la loose".
Parfois, quand il ne reste plus aucune place "convenable", tu es obligé, en tout dernier recours, de prendre une place dans une salle qu'il est mal vu de fréquenter du fait de ta spécialité.
Par exemple, être en salle R, quand tu fais des sciences humaines, c'est trop la loose ! Le regard compatissant de tes petits camarades ne manque pas de te le rappeler, quand tu leur annonces sur
un ton grave : "demain, je suis en salle R...", sous-entendu à l'autre bout du monde, en enfer, dans la jungle...


doyoubnf.over-blog.com 30/07/2010 15:13



Tu as raison, ces places sont monnaie courante. Je viens de croiser un mathématicien perdu en salle V, autant te dire qu’il n’en menait pas large ²…Les chercheurs sont de grands enfants et ils
ont peur de ce qu’ils ne connaissent pas. Pourtant, la salle R, c'est sympa. C'est frais. Et puis surtout, ça peut arriver à tout le monde. L’important, c'est d’éviter la salle K…(j’expliquerai
pourquoi un jour)


 


Merci pour ton témoignage courageux. J’espère qu’il contribuera à faire tomber les murs de verre encore debout entre nos salles de lecture. N’ayez pas peur !...